Publié initialement dans The Climate Rights Brief
Comme les cyclones dévastateurs de l’océan Indien qui frappent régulièrement Madagascar avec des conséquences humaines et matérielles dramatiques, l’immense projet minier de terres rares Vara Mada, redouté depuis des années par des habitants, pourrait bientôt s’abattre sur la Grande Île. Proposé par l’entreprise américaine Energy Fuels, le projet a été retardé pendant des années, notamment par le coup d’État militaire d’octobre 2025, déclenché par des manifestations menées par une jeunesse réclamant un meilleur accès à l’eau et à l’électricité.
Le 20 avril, les États-Unis ont annoncé que le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau — le deuxième plus haut responsable du département d’État — avait rencontré le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison afin de “réaffirmer la solidité de notre relation et souligner leur engagement à faire progresser les opportunités commerciales et d’investissement, y compris la mine de terres rares de Vara Mada.” Cette rencontre a été suivie, le 7 juin, d’une autre avec une délégation menée par deux autres hauts responsables du département d’État.
Craignant que la rencontre d’avril entre les États-Unis et Madagascar n’indique que les autorités avaient déjà donné leur feu vert au projet, des organisations nationales de la société civile ont, le 26 avril, dénoncé ce qu’elles ont qualifié de volonté de “piétiner les revendications des populations affectées concernant le respect de leurs droits fondamentaux à leurs terres ancestrales, leurs moyens de subsistance, leur santé et leur environnement.”
Pourquoi Washington porte-t-il une telle attention à Madagascar? En bref, le pays est devenu une cible prioritaire pour les États-Unis et l’Union européenne dans leur course pour sécuriser des minéraux stratégiques et réduire leur dépendance à l’égard de la Chine.
Situé dans le sud-ouest de Madagascar, à 45 kilomètres au nord de la ville portuaire de Toliara, Vara Mada s’inscrit désormais dans la course mondiale aux minéraux. Le gisement contiendrait d’importantes quantités d’ilménite, de zircon, de rutile et de monazite, des terres rares utilisées pour la fabrication d’aimants et d’autres usages industriels. Le rutile et l’ilménite sont les principales sources de dioxyde de titane, utilisé notamment dans les revêtements des panneaux solaires, tandis que la monazite sert à la fabrication d’aimants permanents présents dans les générateurs d’éoliennes et les moteurs de véhicules électriques.
L’extraction des terres rares est un processus particulièrement destructeur pour l’environnement, car elle nécessite d’énormes quantités d’eau et d’énergie, repose fortement sur des produits chimiques et génère des sous-produits toxiques susceptibles de contaminer les rivières et les terres agricoles. L’extraction d’ilménite et de monazite par QIT Madagascar Minerals (QMM), dans le sud du pays, aurait provoqué une contamination de l’eau, une déforestation ainsi que des déplacements de populations et des dépossessions de terres. Les communautés affectées ont fréquemment manifesté contre les actionnaires, Rio Tinto et le gouvernement malgache, tout en étant la cible de poursuites judiciaires et d’un usage excessif de la force.
Pour des raisons similaires, les personnes susceptibles d’être affectées manifestent depuis des années contre le projet Vara Mada. Certaines manifestations ont entraîné des morts, des blessés et des arrestations, notamment en mars 2025, lorsque les forces de sécurité ont “violemment réprimé” une marche de 2 000 personnes vers la plage d’Andaboy, près de Toliara, faisant “trois morts et huit blessés, dont deux policiers,” selon une lettre adressée à Energy Fuels par six rapporteurs spéciaux de l’ONU. Des organisations de la société civile ont également fait état de blessures par balle dans une localité du district de Toliara II en avril 2025, ainsi que d’ “actes de torture” contre des manifestants détenus.
Parmi plusieurs audits menés par la Cour des comptes de Madagascar sur divers services publics en 2020, celui consacré au processus d’octroi des titres miniers et à la certification environnementale de Base Toliara a révélé que les droits fonciers traditionnels étaient ignorés et qu’aucun bail ni accord formel n’avait été conclu avec les communautés affectées.
En septembre 2025, le Groupe de travail de l’ONU sur les entreprises et les droits de l’homme, avec six rapporteurs spéciaux de l’ONU, a écrit au PDG d’Energy Fuels pour l’alerter sur des “impacts négatifs réels et potentiels sur les droits humains” liés au projet proposé. Ils ont noté que les opérations minières et la construction d’une route de transport risqueraient de mettre “environ un millier de personnes en risque d’expulsion et entraîneraient une perte d’accès aux terres de pâturage et agricoles”. L’étude de faisabilité d’Energy Fuels reconnaît le risque de déplacement.
Le projet Vara Mada présente également de sérieux risques pour un haut lieu de la biodiversité. La propre étude de faisabilité de l’entreprise, réalisée en 2025, confirme que plusieurs limites du permis minier jouxtent la zone protégée de Ranobe-PK32 et que le corridor de transport des minerais traversera cette zone riche en biodiversité. Cette zone protégée abrite l’une des plus grandes et des plus singulières forêts sèches et épineuses de Madagascar, qui héberge des espèces que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. L’étude de faisabilité reconnaît également des risques pour les employés, le public et l’environnement liés aux propriétés radioactives de la monazite.
En vertu du Code minier malgache de 2023, aucune activité minière ne peut débuter sans autorisation environnementale préalable. Energy Fuels indique, dans son étude de faisabilité, qu’une évaluation actualisée des impacts environnementaux et sociaux est en cours de préparation. Aucune information publique n’est pour le moment disponible quant à sa date de publication. Des organisations de la société civile ont critiqué l’absence quasi totale de consultation réelle et le manque de transparence de la part de l’entreprise comme des autorités.
Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, élu de Toliara, est lui-même opposé au projet. Il a écrit sur Facebook : “Face au projet Vara Mada et à ses dommages potentiels aux forêts de baobabs et l’environnement, je le répète avec intégrité : un développement qui détruit le patrimoine national est inacceptable. Un projet est inacceptable si le coût est la destruction des ressources naturelles uniques de Madagascar. Le vrai développement est celui qui développe les gens et protège l’environnement ensemble.” En mai, il a demandé au ministère des Finances de fournir les moyens permettant à la commission parlementaire d’enquête sur le projet Vara Mada, dont la création a été approuvée en décembre 2025, de mener à bien ses travaux.
À l’autre bout du monde, des populations autochtones et des militants pour la justice environnementale aux États-Unis expriment eux aussi des préoccupations concernant les activités d’Energy Fuels. Le 16 mai, ils ont manifesté contre la mine d’uranium de l’entreprise à La Sal, dans l’Utah. Les opposants affirment que le site se trouve sur des terres anciennes et sacrées et qu’il devient “une décharge radioactive internationale.”
Si le projet Vara Mada devait aller de l’avant, l’étude de faisabilité d’Energy Fuels prévoit que la monazite serait transférée vers la raffinerie de terres rares de l’entreprise dans l’Utah, où elle serait transformée en oxydes de terres rares destinés aux aimants permanents, principalement utilisés dans les véhicules électriques et les éoliennes.
Compte tenu de toutes ces préoccupations, l’examen du projet minier devrait être reporté jusqu’à ce que la commission parlementaire d’enquête sur Vara Mada dispose de ressources et de garanties d’indépendance suffisantes pour mener efficacement ses travaux, et qu’elle ait achevé son enquête. Pendant ce temps, l’étude d’impact environnemental et social de l’entreprise devrait être rendue publique, avec un délai suffisant pour permettre les commentaires du public. Ce n’est qu’alors que le gouvernement devrait déterminer si le projet doit se poursuivre, nécessiter des changements substantiels pour protéger les populations et l’environnement, ou être abandonné. Les États-Unis sont une superpuissance, mais leurs intérêts dans ce projet ne devraient pas être un facteur décisif. La décision devrait revenir au peuple malgache.
Baobabs dans le sud-ouest de Madagascar. Photo: Husha Bilimale/Unsplash.

