(Dakar, 1er juin 2026) — Les graves risques environnementaux, humains et climatiques du projet de mine de fer Kon Kweni en Guinée, identifiés dans un nouveau rapport, signifient que les autorités guinéennes devraient refuser d’approuver le projet jusqu’à l’adoption d’un plan contraignant et exécutoire pour y remédier, a déclaré aujourd’hui Climate Rights International. Ivanhoe Atlantic, une entreprise basée aux États-Unis, a indiqué qu’elle se « prépare au démarrage des travaux » de la mine, située à environ 80 kilomètres de Nzérékoré et adjacente aux frontières avec la Côte d’Ivoire et le Liberia.
Le rapport de la Commission néerlandaise pour l’évaluation environnementale (CNEE) porte sur une zone de 1 550 hectares (une concession de 625 hectares et un périmètre minier de 925 hectares) retirée en 1993 du site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO des Monts Nimba. La CNEE, qui a procédé à une évaluation de l’Étude d’impact environnemental et social (EIES) du projet à la demande du gouvernement guinéen, a constaté que « la conformité de l’EIES aux exigences réglementaires et aux bonnes pratiques internationales est limitée ». Selon le rapport, le projet en l’état actuel « crée un risque majeur de non-conformité et d’impacts irréversibles sur la biodiversité ». Les Monts Nimba, site de valeur universelle exceptionnelle, entoure en grande partie la concession minière.
« L’empressement d’Ivanhoe Atlantic à démarrer les opérations contraste fortement avec l’attention limitée qu’elle semble avoir accordée aux conséquences négatives potentiellement majeures sur l’environnement, les populations et le climat, révélées par cette nouvelle étude », a déclaré Fabien Offner, chercheur à Climate Rights International. « Des préoccupations similaires avaient été soulevées en 2024 mais n’ont pas été prises en compte, ce qui indique qu’Ivanhoe est incapable ou ne veut pas mesurer pleinement les impacts majeurs attendus du projet. »
Les consultations publiques et le mécanisme de gestion des plaintes du projet semblent avoir été largement insuffisants, selon le rapport. Bien qu’un processus de consultation ait été mené en plusieurs phases entre 2020 et 2025, le rapport note que « la qualité inégale des comptes rendus ne permet pas de vérifier clairement quelles contributions ont été retenues ». La consultation de la société civile aurait été limitée à deux organisations, « dont l’une est un prestataire de services », sans qu’aucune ONG environnementale reconnue n’y ait participé. Quant au mécanisme de gestion des plaintes, « les éléments essentiels permettant d’en assurer une mise en œuvre effective restent à l’état d’intention », et aucune évaluation n’a été réalisée sur le mécanisme qui serait pourtant actif depuis plusieurs années.
Du point de vue climatique, l’étude indique que le projet « ne tient pas compte des impacts cumulés résultant de la déforestation, du changement climatique et des activités minières prévues dans la zone », et que la stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre semble « limitée ». Selon l’EIES, sur la perte nette de 1 790 hectares de terres, 485 hectares seront des forêts, dont 70 hectares de forêts primaires montagnardes et submontagnardes, en dépit du fait que « l’enrayement de la déforestation en généralisant la gestion durable des forêts et en étendant le réseau d’aires protégées » figure parmi les objectifs clés que la Guinée s’est fixés dans sa Contribution déterminée au niveau national (CDN) 2025 soumise aux Nations Unies.
Climate Rights International souligne que la Guinée a récemment voté en faveur d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies confirmant la décision de la Cour internationale de Justice (CIJ) sur les obligations des États en matière de changement climatique. La résolution appelle tous les États à prendre toutes les mesures possibles pour éviter de causer des dommages significatifs au climat et à l’environnement, y compris les émissions produites sur leur territoire, et à honorer leurs engagements climatiques existants au titre de l’Accord de Paris. La Constitution guinéenne de 2025 consacre également parmi ses principes fondamentaux « la préservation de l’environnement et des écosystèmes ».
Sur le plan social, l’évaluation des impacts sociaux présente « des lacunes importantes », selon le rapport. Outre le fait qu’« aucune estimation budgétaire pour la fermeture [de la mine] n’est fournie… il manque une évaluation dédiée de l’afflux, permettant d’anticiper et quantifier les migrations induites au-delà des employés directs et indirects ».
La vulnérabilité des éleveurs de la localité de Siakata est « bien identifiée », mais « aucune mesure concrète n’est proposée pour atténuer les impacts liés à la fragmentation des pâturages, à l’accès à l’eau et aux tensions foncières avec les agriculteurs ».
En ce qui concerne la préservation de la biodiversité, le « Plan d’action pour la biodiversité (PAB) mentionné dans les Plans de gestion environnementale et sociale (PGES) est très succinct et ne répond pas aux exigences » de la Société financière internationale ni aux obligations de l’UNESCO de préserver la Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) des Monts Nimba. L’étude indique que le projet « ne propose aucune solution réaliste » pour la restauration en raison de « la perte potentielle de chimpanzés et de crapauds vivipares ». La présence de la grande majorité de la population mondiale du crapaud vivipare des Monts Nimba – une espèce endémique – au sein de la concession minière « doit être considérée comme pouvant remettre en question la faisabilité du projet ».
Enfin, l’EIES ne donne qu’un aperçu partiel des impacts attendus, car elle ne couvre que la première phase du projet Kon Kweni, tandis que les phases 2 et 3 – déjà envisagées – sont totalement absentes de l’évaluation, selon le rapport. L’EIES ne précise pas non plus « les volumes totaux de ressources ou de réserves estimées, ni pour le gisement Château ni pour l’ensemble de la concession, bien qu’une extension aux autres gisements soit envisagée pour des phases ultérieures ».
Le plan prévoit que le minerai de fer de Nimba soit transporté jusqu’à Yekepa, au Liberia, puis acheminé par voie ferrée jusqu’au port de Buchanan sur la côte atlantique. En mars 2026, Ivanhoe a annoncé que le gouvernement du Liberia avait accepté une autre EIES concernant l’utilisation des infrastructures de transport et de logistique libériennes pour le projet Kon Kweni. Le Liberia est l’un des huit seuls États à avoir voté contre la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies soutenant l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) sur le changement climatique – un vote qui a suscité l’indignation des organisations de défense de l’environnement au Liberia.
« En l’état actuel des choses, le projet Kon Kweni, dont le gouvernement guinéen détient une participation de 15 %, démontre un manque d’égard pour les opinions des personnes concernées et pour le sort d’un site naturel irremplaçable d’une importance climatique significative et d’une biodiversité exceptionnelle », a déclaré Fabien Offner. « Ivanhoe devrait immédiatement répondre aux préoccupations soulevées dans l’étude ou abandonner le projet. Les autorités guinéennes devraient refuser d’approuver le projet jusqu’à l’adoption d’un plan contraignant et exécutoire. »
Photo : Vue depuis les Monts Nimba. Crédit photo: Climate Rights International


