June 9, 2026

France : Rejeter toute nouvelle exploration pétrolière et gazière dans les territoires d’outre-mer

L'Assemblée nationale devrait voter en faveur du maintien de l'interdiction nationale

(Bruxelles, 10 juin 2026) — Les parlementaires français devraient rejeter toute tentative d’autoriser la reprise de l’exploration et de l’extraction de pétrole et de gaz dans les territoires d’outre-mer de la France, où de nouveaux permis d’exploration de combustibles fossiles sont interdits depuis 2017, a déclaré aujourd’hui Climate Rights International. Le 11 juin, l’Assemblée nationale devrait débattre d’une proposition de loi visant à lever l’interdiction de la recherche, de l’exploration et de l’extraction d’hydrocarbures dans les territoires français d’outre-mer.

Le Sénat a adopté la proposition le 29 janvier après son introduction par le sénateur de Guyane, Georges Patient. La commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale a rejeté la proposition de loi le 3 juin. Cependant, le vote en commission n’est que consultatif, et le groupe parlementaire Gauche Démocrate et Républicaine (GDR) entend utiliser sa journée d’initiative parlementaire pour soumettre le même texte à l’Assemblée en vue d’un débat et d’un vote.

« L’Assemblée nationale doit envoyer un signal clair et sans équivoque indiquant que les combustibles fossiles sont les principaux responsables de la crise climatique, et non un moteur du progrès économique, et que l’autorisation de nouvelles activités d’exploration et d’extraction dans les territoires d’outre-mer constituerait un énorme pas en arrière dans la lutte contre le changement climatique », a déclaré Fabien Offner, chercheur chez Climate Rights International. « La science est sans équivoque, la Cour internationale de Justice s’est prononcée, et les conséquences d’un abandon trop lent des combustibles fossiles se mesurent en vies perdues, en communautés déplacées et en écosystèmes détruits. »

Certains élus de Guyane soutiennent que, comme leurs voisins du Guyana et du Suriname, d’importantes quantités de pétrole et de gaz existent dans leurs eaux territoriales. Cependant, le PDG de TotalEnergies a déclaré en 2024 qu’« il n’y a pas d’hydrocarbures en Guyane ». En France, une alliance improbable s’est formée entre des parlementaires d’extrême droite défendant la souveraineté énergétique fossile de la France et des représentants ultramarins de gauche qui estiment que l’amélioration des conditions de vie dans leurs territoires dépend du développement pétrolier et gazier. Ils s’opposent à diverses formations de gauche et à Ensemble pour la République, le groupe parlementaire du parti présidentiel.

Immédiatement après le rejet du projet de loi en commission le 3 juin, le parti d’extrême droite Rassemblement national a dénoncé la décision. Le député Alexandre Loubet l’a qualifiée de « coup de poignard dans le dos » de la part des « macronistes et de la gauche », contre « nos compatriotes d’outre-mer », affirmant que cette décision « condamnait la France à la dépendance » et condamnait les territoires d’outre-mer au « déclin ». Il a promis que son parti autoriserait l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures s’il accédait au pouvoir. Lors du débat en commission du 3 juin, le groupe Écologiste et Social a répondu que le projet de loi, « alors qu’il prétend défendre leur développement économique, prolonge en réalité une logique néocoloniale d’extractivisme consistant à considérer les Outre-mer comme des territoires de prédation des ressources naturelles au bénéfice d’intérêts extérieurs. »

« La crise climatique est une réalité quotidienne pour des millions de personnes à travers le monde, y compris en France et dans ses territoires d’outre-mer », a déclaré Fabien Offner. « Les législateurs français devraient montrer la voie en matière d’action climatique, et non faire marche arrière. »

En avril, la France a présenté une nouvelle feuille de route nationale pour la transition hors des combustibles fossiles lors de la première conférence internationale sur l’élimination progressive des combustibles fossiles à Santa Marta, en Colombie, et a appelé d’autres pays à faire de même. Le 20 mai, la France a également voté en faveur d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies, accueillant favorablement et réaffirmant l’avis consultatif historique de la Cour internationale de Justice (CIJ) rendu en juillet 2025. La décision de la CIJ précise que les États ont le devoir, en vertu du droit international, de prévenir les dommages climatiques et de protéger le système climatique ainsi que les droits humains des générations présentes et futures. La Cour a spécifiquement souligné que la consommation de combustibles fossiles, les subventions et les décisions d’octroi de licences peuvent engager la responsabilité juridique au regard du droit international.

Le bilan scientifique, confirmé par des décennies de données et par les principales institutions de recherche mondiales, démontre que la combustion de combustibles fossiles est la cause dominante du réchauffement climatique. Les conséquences se mesurent déjà en vies humaines : records d’extrêmes de chaleur, inondations catastrophiques, incendies de forêt s’intensifiant, fonte irréversible des calottes glaciaires et des glaciers, montée du niveau des mers, réchauffement et acidification des océans, déplacements massifs de communautés, insécurité alimentaire et conflits.

« Au lieu d’ouvrir la porte à de nouvelles extractions d’hydrocarbures, les législateurs français devraient mise davantage sur ce qu’exige l’avenir : un développement ambitieux des énergies renouvelables en France et dans ses territoires d’outre-mer, et des investissements soutenus dans des programmes, des modèles économiques et des voies de développement bénéfiques à la fois aux populations et à la planète », a déclaré Fabien Offner. « C’est là que réside la voie vers la souveraineté énergétique, la résilience économique et la justice pour les communautés d’outre-mer, et non dans l’exploitation de ressources fossiles limitées qui condamnerait le monde à des décennies supplémentaires de dommages climatiques. »

Photo: vue extérieure de l’Assemblée nationale française à Paris, France. Crédits photo : Regan Dsouza / Pexels

Like this article?

Share on Facebook
Share on X
Share by Email

Related Articles

RelatedArticles